Entre interdictions, conseils et culpabilité, que révèlent réellement les études sur l’usage des écrans chez les enfants ?

Écrans et enfants : entre inquiétudes, réalités sociales et consensus scientifique incertain
Alors que la question des écrans et enfants revient régulièrement dans le débat public, le Président Emmanuel Macron a ravivé le sujet lors d’une conférence de presse pendant la campagne des élections législatives de 2024. Selon lui, il s’agit d’un enjeu majeur pour « l’avenir de nos sociétés et de nos démocraties ». Pourtant, cette ambition d’établir un consensus scientifique sur le sujet s’est heurtée à la dissolution de l’Assemblée nationale, laissant la question sans réponse concrète.
Des inquiétudes persistantes mais des preuves limitées
De nombreuses études tentent de mesurer les impacts des écrans sur le développement cognitif des enfants. Mais comme le souligne Jonathan Bernard, épidémiologiste à l’Inserm, ces effets sont souvent exagérés. Dans l’étude Associations of screen use with cognitive development in early childhood: the ELFE birth cohort (source), les effets négatifs observés à 2 ou 3 ans s’atténuent, voire disparaissent à 5 ans et demi.
Selon lui, le contexte familial et les pratiques éducatives ont un poids bien plus déterminant que le simple temps d’écran. Il précise :
« L’effet des écrans sur le développement cognitif du jeune enfant est plus modeste que certaines personnes le pensent. »
Utilisation active vs passive : la vraie différence
Les recherches indiquent que ce n’est pas tant le temps passé devant les écrans qui importe, mais la manière dont ils sont utilisés. Une consommation passive (comme la télé allumée en fond sonore) est associée à plus de risques qu’un usage actif, comme des programmes éducatifs ou un co-visionnage avec les parents (source).
Comme l’explique la sociologue Sylvie Octobre,
« À chaque fois qu’on prend un écran, c’est dans un contexte particulier, un moment particulier, pour faire une chose en particulier. »
Des recommandations irréalistes pour de nombreuses familles
Le rapport Enfants et écrans – À la recherche du temps perdu remis à Emmanuel Macron recommande des mesures strictes : pas d’écran avant 3 ans, pas de smartphone avant 11 ans, et pas de réseaux sociaux avant 15 ans .
Mais Sylvie Octobre avertit : ces normes peuvent se révéler accusatrices vis-à-vis des familles les plus modestes. Selon une étude réalisée sur la cohorte ELFE, à 2 ans seuls 12 % des enfants n’utilisent aucun écran. À 5 ans et demi, ce chiffre tombe à 2 % .
Les écrans : soupape ou problème ?
Les écrans ne doivent pas être considérés comme un mal absolu. Dans certains foyers, ils constituent une bouffée d’air face à des conditions de vie difficiles. Comme le rappelle Octobre :
« On peut s’emporter sur le nombre d’enfants qui regardent la télé, mais il faudrait surtout s’emporter sur le nombre d’enfants qui n’ont pas un toit sur leur tête. »
Parents : des modèles numériques à sensibiliser
Enfin, les spécialistes s’accordent sur un point : les parents ont un rôle clé. Leurs propres usages des écrans influencent directement ceux des enfants. Jonathan Bernard insiste sur la nécessité de les accompagner dès la grossesse, pour adopter des pratiques équilibrées et adaptées à chaque contexte familial.
En résumé
L’enjeu des écrans et enfants mérite un débat dépassionné, ancré dans la réalité sociale et soutenu par la recherche. Plutôt que d’imposer des règles strictes et parfois irréalisables, il convient d’éduquer, d’accompagner et de contextualiser. Car tous les écrans ne se valent pas, et chaque enfant évolue dans un environnement unique.
Pour aller plus loin :